5 raisons pour lesquelles partager vos projets avec les autres peut vous nuire

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“Je vais écrire un roman !” me suis-je acclamée, fièrement, à qui voulait bien l’entendre. Nous étions en 2010 : j’étais étudiante à l’université, remplie de curiosité et d’émerveillement. Je venais tout juste de découvrir NaNoWriMo, un projet d’écriture créative qui se déroule chaque année en novembre et pour lequel chaque participant doit écrire 50 000 mots. L’avenir semblait radieux ; j’avais publiquement annoncé mes intentions ambitieuses et on « comptait sur moi ». Trois mots clés qui devraient nous aider à atteindre nos rêves, n’est-ce pas ?

Sauf que je n’ai jamais terminé ce roman. Lorsque j’ai atteint le 50 000e mot, j’ai abandonné le manuscrit à sa première version. Que s’est-il passé ?

Des études scientifiques expliqueraient que cette annonce “à voix haute” de mes intentions d’écrire un roman soit précisément la raison de mon échec. Alors comment atteindre ses objectifs sans tomber dans le piège? Et bien avant de dévoiler votre plus grand rêve, voyons ensemble 5 raisons pour lesquelles, scientifiquement,.il peut être judicieux de reconsidérer cela.

Raison #1 : Recevoir des éloges prématurées pour un projet diminue les chances qu’il aboutisse

L’une des recherches les plus populaires sur le partage de ses objectifs et la motivation qui guide celle-ci, est certainement celle menée par Peter Gollwitzer, de l’Université de New York (NYU). En 2009, Gollwitzer et son équipe ont publié les résultats de leur recherche, indiquant que le simple fait de partager publiquement ses rêves diminuait notre capacité à fournir le travail nécessaire pour les atteindre.

Dans cette étude, des étudiants en droit ont été invités à répondre à un questionnaire, afin de mesurer leur engagement au regard des opportunités éducatives qui s’offraient à eux.

Ceux dont les réponses ont indiqué un fort taux d’engagement et de volonté à devenir avocat, ont été divisés en deux groupes. Pour le premier groupe, un chercheur a regardé les questionnaires de chacun des participants et leur a demandé de confirmer que la réponse qu’ils avaient sélectionnée était bien celle qu’ils avaient souhaitée. Les participants du second groupe, quant à eux, ont été invités à placer leur questionnaire dans une boîte, et leurs réponses ont ainsi été rendues anonymes.

À la suite de ces étapes respectives, les deux groupes ont disposé de 45 minutes de travail, pour traiter différentes affaires juridiques. Le premier groupe, ceux dont les réponses étaient connues, a consacré moins de temps que le second groupe (dont les réponses étaient anonymes) sur les cas juridiques présentés.

Les chercheurs en ont donc conclu que lorsque quelqu’un a connaissance de la nature de notre objectif - ou de notre rêve -, la reconnaissance sociale est un principe qui peut alors nous récompenser et entraîner une diminution possible de l’effort nécessaire pour atteindre cet objectif. Dans ce cas précis, les étudiants qui avaient déclaré qu’ils étaient déterminés à devenir avocat, avaient déjà atteint cette étape de conviction dans leur esprit grâce au partage et donc à la prise de connaissance, par le chercheur, de leur réponse.

Ainsi, si votre objectif est étroitement lié à votre personnalité et à vos motivations, il semblerait qu’il soit une bien meilleure idée de le garder pour soi. De cette manière, les encouragements de vos proches ne vous feront pas croire que vous avez déjà accompli votre objectif.

L’astuce : Est-ce que votre projet est lié à votre identité ? Si c’est le cas, recevoir une reconnaissance sociale pour ce projet, avant même de l’avoir mené à bout, ne fera que vous freiner dans l’effort qui vous permettra de le réaliser.

Raison #2 : Recevoir des “éloges en tant que personne” plutôt que des “éloges sur une activité” peut diminuer votre motivation.

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Dans une étude du Reed College, des chercheurs ont tenté de mesurer l’effet que certains types d’éloges pouvaient avoir sur notre motivation. Ils ont ainsi assigné 111 étudiants universitaires, à l’un des groupes suivants :

  • Éloge sur la personne : retours liés à l’individu.
  • Éloge sur l’activité : retours faits quant à la méthodologie choisie. 
  • Pas d’éloge : aucun retour fait.

Chacun des groupes a alors été sollicité pour compléter trois puzzles. Après en avoir finalisé les deux premiers, les étudiants du groupe “éloge de personne”, ont reçu des retours par écrit tels que : “Excellent !” Tu dois avoir un talent inné !”. Les étudiants du groupe “éloge sur l’activité” ont reçu quant à eux des retours comme : “Excellent ! Tu sembles employer des stratégies vraiment efficaces !”. Le dernier groupe lui, n’a pas reçu d’éloge.

Le troisième et dernier puzzle a été conçu pour induire en erreur les participants, et les étudiants de tous les groupes ont reçu le même retour, disant simplement “tu n’as pas réussi ce dernier puzzle”.

À la suite des deux premiers puzzles complétés, les réponses aux questionnaires ont démontré qu’il n’y a pas eu d’effet sur la motivation intrinsèque des participants. Mais à la suite de « l’échec » au troisième puzzle, les résultats ont prouvé que, à tous les niveaux, ‘l’éloge sur la personne” était moins motivant que “l’éloge sur l’activité. Les séniors notamment, ont affirmé être davantage motivés intrinsèquement après un éloge sur l’activité plutôt qu’un éloge sur la personne ou aucun éloge.

Ces résultats ont conduit les chercheurs à déduire que « tous les groupes, de tout âge après la maternelle, semblent davantage être positivement affectés par l’éloge sur l’activité que par l’éloge sur la personne, une fois qu’ils ont connu l’échec ».

Bien qu’il est naturel pour les personnes que l’on aime, de nous faire des compliments dès qu’on leur fait part de l’une de nos intentions, cette étude nous démontre bien qu’au contraire, lorsque ces mêmes personnes nous encouragent pour un élément inhérent - et sur lequel nous n’avons que peu ou pas de contrôle -, cela ne nous est pas d’une grande aide, bien au contraire. Pire encore, dans certains cas, ces louanges peuvent davantage desservir notre motivation que si on n’en recevait pas du tout, en particulier si l’on vient d’essuyer un échec.

Ainsi, si vous êtes sur le point d’annoncer que vous souhaitez parler couramment le Mandarin, que tout le monde vous félicite avec des « oh, tu dois être vraiment intelligent ! », et que vous échouez à l’évaluation de Mandarin, alors ce revers pourrait affecter de manière négative votre motivation à atteindre votre objectif, augmentant votre peur de l’échec.

Il est donc davantage souhaité que les personnes vous répondent avec une phrase plutôt orientée sur l’éloge de votre méthode, telle que : “c’est super que tu t’entraines chaque jour avec du nouveau vocabulaire !”.

L’astuce : est-ce que votre ami est-il plus à même de vous encourager avec une “éloge sur la personne” ? Si la réponse est oui, alors peut-être ne devriez-vous pas lui parler tout de suite de votre projet, ou bien vous pourriez perdre votre motivation pour mener votre projet jusqu’à son terme. Autrement, si vous comptez vraiment sur l’avis de cette personne, demandez-lui plutôt de vous encourager par rapport à la méthode que vous avez choisi, ou bien, de ne pas vous faire d’éloge du tout.

Raison #3 : Si vous débutez juste, les retours négatifs peuvent vous décourager
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En 2011, le professeur Ayelet Fishbach, de l’Université de Chicago, s’est appuyée sur la recherche existante pour conduire de nouvelles études menant à déterminer dans quelle mesure les retours positifs comme négatifs pouvaient avoir un impact pour atteindre un objectif. Accompagnée de son équipe, elle est arrivée à démontrer que :

  • Lorsque le retour positif est lié à l’objectif, cela augmente notre motivation.
  • Lorsque le retour positif est lié au progrès effectué, cela diminue notre motivation.

Un exemple concret que les chercheurs mettent en évidence, est celui d’une étudiante en mathématiques, qui a reçu une bonne note à un examen. Si elle assimile cette bonne note comme le fait qu’elle aime les mathématiques, alors elle étudiera plus encore. Si, au contraire, elle perçoit cette bonne note comme le signe qu’elle est en train de s’améliorer, alors elle peut lever le pied et moins étudier qu’auparavant. Pour aller plus loin dans cette étude, Fishbach et son équipe ont étudié le cas d’étudiants américains, inscrits dans des cours de Français de niveaux débutant et avancé. Ils ont observé que les étudiants du cours débutant étaient davantage intéressés par le fait d’avoir un professeur qui privilégiait les retours positifs. Au contraire, les étudiants du cours avancé préféraient les retours négatifs de leur instructeur, qu’ils trouvaient plus intéressants et constructifs.

Dans une étude similaire menée auprès de participants américains apprenant une nouvelle tâche qui constituait à écrire en allemand, les chercheurs ont également analysé les mêmes résultats : à mesure que les participants avaient un meilleur niveau, une large proportion d’entre eux recherchaient les retours négatifs.

Les chercheurs en ont conclu que les débutants sont préoccupés par l’évaluation de leur engagement à atteindre un objectif avant tout, ils sont donc plus à même de se raccrocher à leur objectif lorsqu’ils reçoivent des retours positifs. Ceux du niveau avancé vont, quant à eux, se concentrer davantage sur leur progrès réel vers le but final, et de cette même manière, y rester fidèle, même lorsqu’ils reçoivent un retour négatif.

Ainsi, si votre objectif est de parvenir à courir un marathon, et que vous êtes un coureur expérimenté, vous souhaiterez certainement partager votre intention ambitieuse avec un autre coureur, qui pourra vous donner un avis critique et vous aider à vous améliorer. Si, à l’inverse, il s’agit de courir votre premier marathon, vous voudrez certainement tout autant partager votre intention de réussir cette course, mais vous devrez partager cet objectif avec quelqu’un qui pourra vous donner des retours positifs et encourageants.

L’astuce : Si vous êtes un débutant, alors vous aurez besoin d’un retour positif, mais si vous êtes expert, vous pouvez également recevoir des retours critiques qui vont vous aider à vous perfectionner. A ce stade, réfléchissez sérieusement à stipuler quel type de retour vous souhaitez des personnes à qui vous confiez vos projets.

Raison #4 : La responsabilisation ne fonctionne pas toujours.

« Je partage ma promesse avec vous, comme ça vous pourrez me rappeler à mes devoirs ! » Combien de fois avez-vous mentionné cette phrase, à suite de l’annonce officielle de votre nouvel objectif ? La logique nous fait croire que partager notre promesse avec quelqu’un pour qu’il puisse nous rappeler notre objectif est une bonne idée. Mais des recherches montrent que, dans certains cas, la responsabilisation peut être le facteur déclencheur d’une diminution de la motivation.

Une étude menée par Michael Enzle et Sharon Andreson a démontré que lorsqu’un participant était guidé par un expérimentateur dont l’intention était de contrôler son comportement (soit pour être certain qu’il obtempère, ou bien pour évaluer sa performance), la motivation intrinsèque du participant diminuait. Mais si le participant était informé que l’expérimentateur était simplement là pour l’observer, par curiosité, alors aucun effet n’était constaté sur la motivation intrinsèque.

Plus tard, une étude réalisée par George Cvetkovich a permis de mettre en lumière que lorsque les participants pensaient qu’ils allaient avoir à justifier auprès d’un ami leurs décisions quant à un pari, alors ils étaient plus à même de faire preuve d’un meilleur jugement que ceux qui allaient devoir rendre des comptes à un inconnu.

Dans ce cas, dans quelle mesure la responsabilisation peut-être se révéler utile ? Peut-être lorsque le partenaire de cette responsabilité est un ami. Une étude de la Dominican University of California, a démontré que plus de 70% des personnes qui adressaient un rapport hebdomadaire de leur progression à un ami, étaient capable d’atteindre leur objectif, tandis que 35% seulement de ceux qui garder leur objectif pour eux-mêmes et qui ne les écrivaient pas, y parvenaient.

L’astuce : Cette personne est-elle un(e) ami(e) à qui je peux pleinement me fier ? Si c’est le cas, alors il sera un bien meilleur partenaire de responsabilité qu’un simple inconnu en qui vous n’avez pas confiance.

Raison #5 : Entendre parler de compétition peut vous faire reculer.
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Avez-vous déjà fait part à quelqu’un d’un de vos rêves les plus fous, qui vous aurait simplement fait remarquer en retour, que beaucoup de personnes tentaient d’atteindre le même objectif ? Même si cette réponse peut être bien intentionnée, elle peut également avoir un effet néfaste sur votre motivation. Dans une étude, des chercheurs ont rapporté que lorsque des étudiants percevaient un niveau élevé de concurrence, alors ils étaient davantage à même de réduire leurs efforts au « minimum vital pour ne pas se faire éliminer ». Il peut être bon de garder pour vous votre objectif audacieux et d’aller de l’avant sans considérer la potentielle concurrence qui existe.

Il existe un cas cependant, dans lequel la concurrence peut stimuler l’effort, celui de l’entrainement physique. À l’Université de Pennsylvanie, près de 800 étudiants ont été soumis à 11 semaines de programme d’entrainement et ont été de manière aléatoire, soumis à l’une des quatre conditions suivantes : l’individu seul, les encouragements d’une équipe, la comparaison individuelle et la comparaison en équipe. Le résultat ? Ceux qui étaient dans une atmosphère compétitive ont été 90% plus présents aux classes d’entrainement que ceux qui ne l’étaient pas.

Conformément aux résultats de cette même étude, un autre travail de recherche de l’Université de Rutgers a démontré que les personnes étaient plus performantes lorsqu’il existait un facteur de compétition dans le cadre d’une tâche physique, mais que ce n’était pas le cas lorsqu’il s’agissait d’une tâche faisant appelle à la mémoire.

Donc si votre objectif a à voir avec un exercice physique, tel qu’un entrainement pour un marathon, comment avoir de la volonté de perdre du poids ou encore, d’améliorer vos temps en natation, une certaine concurrence peut vous être bénéfique dans vos efforts.

L’astuce : Mon objectif nécessite-t-il de l’entrainement ? Si la réponse est oui, alors il est préférable de se placer dans un contexte compétitif, afin de stimuler sa motivation.

Que doit donc faire une personne avec un objectif précis et déterminé ?

Comme tout conseil, l’approche n’est pas universelle et ce n’est pas une formule qui convient toujours à tout le monde. Les études nous aident à aller plus loin mais peuvent aussi montrer leurs limites. Ce que la recherche démontre en revanche, c’est que si vous êtes sur le point de partager publiquement vos objectifs et vos rêves, alors vous devriez le faire de manière stratégique. Avant d’annoncer ces intentions à quiconque, pensez plutôt à la manière dont cela pourrait influencer et/ou affecter vos efforts et donc votre chance d’atteindre ces mêmes objectifs.

Même si je n’ai jamais poursuivi l’écriture de mon roman, malgré l’annonce de mon intention à toutes les personnes que je connaissais, je ne suis pas si contrariée d’avoir abandonné. Je me suis concentrée sur la littérature non-romanesque, depuis. Est-ce que cela signifie que je suis désormais en train d’écrire un mémoire ou une biographie ? (Je ne vous le dirai pas.)

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